Trois récits pour rendre hommage à trois victimes de "la grande guerre"

[ DURIEU Marcel Marie Louis Théophile ] [ PRAT Jean Amans Fleuret ] [ SENEJEAN Jean Henri ]

[Poème de J Paliès dédié à ses camarades, anciens combatants]

DURIEU Marcel Marie Louis Théophile

croix de guerre avec citation
source : SGA mémoire des hommes    

Lettre manuscrite, écrite par le Caporal  E. CROS  à Mr DURIEU père :  Source Mme L. BERNAT

                                                                         Cher Monsieur Durieu

J’ai déjà écrit à M.le curé d’Estaing pour qu’il vous fasse connaitre le grand malheur qui vient de vous frapper.
J’ai cru en agissant ainsi vous rendre la nouvelle moins douloureuse d’autant plus qu’au moment où je l’ai transmise j’étais incapable d’employer la délicatesse  et les ménagements d’usage en pareille circonstance. Maintenant nous voila éloignés pour quelques  jours du champ de bataille et je profite de mes premiers loisirs pour vous transmettre d’autres détails et reste à votre disposition pour tous les renseignements que vous pourrez désirer dans la suite.
Je dois vous dire d’abord que votre cher enfant était mon chef de section un peu mon compatriote puisque je suis de Villecomtal et un ami de plus en plus cher malgré la grande différence d’âge. Nous causions souvent du pays. Je lui communiquais les nouvelles et les journaux de notre cher Rouergue. Il ne le reverra plus, hélas ! Et il y a bien des chances pour que je partage son sort.
Sans  entreprendre son éloge il me sera permis de dire que son courage et son mépris du danger étaient parfaits et même dépassaient quelquefois les limites que conseille la prudence.
Nous étions partis pour les avant postes le 22 août et depuis cette date aucune souffrance, aucun danger ne devait nous être épargné ; bombardements effroyables, pluies diluviennes qui nous avaient mués en paquets de boue , insuffisance du ravitaillement.  Le quatre septembre à deux heures notre Régiment se lançait à l’attaque. Le bataillon étant en réserve nous n’avons pas eu de pertes, mais le six septembre notre tour arrivait de prendre part au feu et dans la soirée nous nous massions dans une tranchée, prêts à partir.  Au  signal donné votre fils bondit par-dessus la tranchée et d’un geste magnifique entraina sa section qui partit dans un élan parfait.
Les feux d’infanterie des mitrailleuses faisaient rage les victimes tombaient sans cesse. Il fallut replier.
Le lendemain on tentait la fortune sur un autre point sans plus de succès.  Dès le début de l’action notre capitaine était blessé à la tête par une balle. La blessure paraissait légère et pourtant il est mort peu après à l’ambulance du front. Toute la journée nos pauvres camarades tombaient tués ou blessés.
Dans la soirée vers les trois heures votre fils était occupé à observer un fortin ennemi d’où partaient  les coups et il examinait en même temps les travaux de défense qu’on effectuait, quand tout à coup une balle le frappe à la tête. Il pousse un cri et tombe à la renverse. Sa mort n’a pas été instantanée, mais après ce coup foudroyant il restait si peu de vie qu’il s’est éteint insensiblement et sans douleur. Quel coup terrible pour nous. Peu après  on enlevait son corps pour le déposer un peu en arrière dans un trou d’obus qui devait lui servir de sépulture ; On fait au plus vite lorsque le nombre des victimes est trop élevé.
Le lendemain j’ai préparé une croix que j’ai déposée sur sa tombe  mais en même temps l’ordre est arrivé d’enlever tous  les morts non ensevelis et de les transporter  en arrière. J’ai insisté auprès des infirmiers pour qu’ils exhument sa chère dépouille afin de lui donner une sépulture plus digne et ne pas l’exposer  à être retournée par les obus .
Le 9 on le transportait  à l’arrière.
Il repose donc dans un petit cimetière de soldat tout près de Lihons  dans le secteur où nous avons combattu  pendant deux mois et que notre cher Aspirant  a arrosé de son sang.
C’est la fin la plus noble qu’un soldat puisse rêver et une belle citation consacre son héroïque sacrifice. Mais quelle perte quel deuil quelle douleur pour tous les siens. Je les partage avec tout mon cœur et je prie le ciel de les adoucir et de vous soutenir par l’espérance que ce cher et héroïque enfant aura là-haut la couronne d’immortalité et de bonheur infini pour prix de  sa foi et du glorieux sacrifice de sa vie.
 C’est dans cette pensée que j’écris cette lettre. J’ai voulu faire vite malgré  l’accablement qui reste après ces rudes journées. Ce sera ma meilleure excuse.
Veuillez cher Monsieur Durieu agréer l’hommage de mes sentiments bien respectueux  et de mes plus sincères condoléances.
                       E. CROS  caporal au 330ème 13ème Cie     S.  P 175 
Les papiers et effets de votre cher enfant ont été recueillis par le service des infirmiers. Ils seront expédiés du moins pour les papiers et souvenirs par le service médical selon les voies ordinaires.

PRAT Jean Amans Fleuret

médaille croix de guerre avec citation

 

médaille militaire

 
  source : SGA mémoire des hommes  

L’action se passe devant le Mont Kemmel, Belgique le 29 avril 1918
Les Cavaliers pied à terre se sont établis entre Dickbuch et le Clytte (Belgique)  pour enrayer l’avance Allemande.
Une corvée est commandée pour aller chercher des munitions.
Le bombardement se poursuit avec violence et les obus de tous calibres ne cessent de tomber
Un des Hussards, PRAT Jean Amans Fleuret, originaire de Fabrègues d’Estaing (Aveyron) est blessé grièvement et perd son casque. Son camarade Freyssinel, originaire de St Bonnet (Corrèze), se précipite à son secours et devant le geste d’effroi du blessé, cherchant à se protéger la tête contre de nouveaux éclats, il enlève son propre casque et le place sur la figure de Prat disant :
« Le pauvre vieux, il est déjà assez amoché comme cela. »       
Malheureusement   Prat Jean Amans mourut le 29 Avril 1918, et fut inhumé derrière le cimetière de la Clytte ; il était marié et avait deux enfants.
Il reçut une citation : « A montré sous des violents bombardements, le plus grand calme. Mort bravement à son poste de combat le 29/04/1918 »

SENEJEAN Jean Henri

chevalier de la légion d'honneur

croix de guerre avec palme et citation

 

 
  source : SGA mémoire des hommes  

Offensive du 25 septembre 1915 dans la Marne
L’heure fixée pour l’assaut avait été tenue secrète jusqu’au dernier moment, mais, à
6 h, on informe les unités que les hommes peuvent prendre un repas froid avant le départ, ce qui est fait.
La nuit précédant l’assaut a été calme ; le tir de préparation s’est progressivement ralenti pour cesser presque complètement vers minuit, il durait depuis 3 jours. Il est repris à 6 h. avec une grande intensité sur les premières tranchées allemandes et les canons de 58 y participent jusqu’au moment de l’assaut.
Le commandant Sénejean, qui commandait le 3e bataillon, est signalé disparu ; il a revêtu, pour l’attaque, une capote de soldat et est armé d’un fusil ; il a été tué dans la mêlée, car aucune nouvelle de lui n’est parvenue depuis. Pendant ce temps, les tranchées appelées Wiesbaden, Torn et Cologne sont enlevées à leur tour, et leurs défenseurs fuient éperdument vers le nord dans la direction de la croupe à l’ouest de Tahure, entre les routes de Souain et de Somme-Py.

Fascicule répertoriant les Estagnols morts au combat Guerre 14-18. ( Site de Laurence Remy). Guerre 1914-1918 Livre d'Or de l'Aveyron

Poème de J Paliès ex-combatant au122 RI dédié à ses camarades, anciens combatants.